Maltraitance institutionnelle

Publié le par Shaya

Souvent (euphémisme) je m'interroge sur ma façon d'être au travail et aussi sur la pratique des autres.

(Exemple!)

 

La maltraitance est une chose qui revient souvent dans mes reflexions.

La maltraitance physique qui laisse des traces sur le corps.

La maltraitance psychologique qui ne laisse aucuns signes physiques mais un champ de ruine à l'intérieur.

 

Le champ de la maltraitance volontaire est large.

Mais celui de la maltraitance involontaire ne l'est pas moins.

 

Celle qu'on fait parce qu'on n'a pas le choix.

Les mots qu'on n'écoute pas, le réconfort qu'on ne donne pas, les questions auxquelles on ne répond pas.

Les gestes qu'on fait trop vite, sans explications, ceux qu'on ne fait pas.

L'impatience qu'on laisse poindre, les reproches qu'on émet.

Sans même y penser.

 

Pourquoi?

Parce que pas le temps.

Pas.le.temps.

 

Pas le temps de penser à ce qu'on fait.

Pas le temps de prendre du temps pour écouter.

Pas le temps de prendre du temps pour parler. Y compris de tout et de rien. Juste pour incarner une personne et pas juste un nom.

Pas le temps de prendre du recul.

Pas le temps de prendre du temps pour vérifier que ce qui a été dit a été bien compris.

Pas le temps d'aller aider cette dame qui est depuis une heure sur les WC et qui attend qu'on vienne la chercher.

 

La course, la course, la course.

L'oeil sur la montre, la liste des gens dont il faut s'occuper après dans la tete et l'envie d'avoir une vie à soi en dehors.

Donc de ne pas avoir 2h de retard.

L'envie de ne pas subir les reproches du reste de l'équipe car en retard.

L'angoisse du grain de sable qui grippera la mécanique huilée à la seconde près.

 

Le manque de temps ... Cancer des relations interpersonnelles dans le milieu médico-social.

Pour les patients/soignés/bénéficiaires (ça dépend de la structure) comme pour les soignants.

Impression d'être abandonné d'un coté, impression d'abandonner et de ne pas faire son travail correctement de l'autre.

 

Mais quand on vous donne des objectifs de visites/consultations/soins, qu'on vous demande de faire toujours plus avec toujours rien, prendre le temps devient un luxe.

 

Dans l'humain il n'y a rien de plus précieux que le temps.

Quand on vous l'enlève, même si ce sont les effecteurs à la base qui deviennent maltraitants involontairement par manque de temps, la responsabilité est portée bien plus haut.

Publié dans Monde de merde

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zelda 07/11/2011 08:41



Il fait mal à lire, ce billet ...


Non que je ne sache pas, théoriquement, que cela exxiste, s'étend, devient peut-être la norme ... Je l'ai lu, dans des livres, dans des articles.


Mais je ne connais personne qui le vive directement, d'un coté ou de l'autre de la relation du soin ... Et là, que toi que je "connais" un peu, tu en parles, ça le rend plus tangible ...


 


Comment on s'organise, dans ces cas-là, pour continuer à bosser, pour sauvegarder ce qui peut l'être, pour ne pas entrer dans la maltraitance, ou la limiter, ou en sortir ?



Shaya 07/11/2011 18:13



Moi j'ai la chance d'avoir ce dont tout le monde manque : du temps.


Je suis rarement soumise à ce stress de l'oeil sur la montre. Samedi matin ça m'est arrivée et j'ai cédé à l'agacement, laissant une dame seule face à ses demandes. Mais j'ai tout de suite perçu
sa souffrance à elle, sauf que pas le choix : je n'avais pas le temps.


 


Du coup ça m'a donné matière à réfléchir.


Je pense qu'il faut prendre le temps de la réflexion, poser les choses à plat et réorganiser autant que possible pour préserver ce temps. Mais tant que la pression viendra d'en haut, il n'y aura
pas de miracle.



ckan 06/11/2011 23:02



Pourquoi donc ne veux-tu pas dire quel est ton boulot, alors que tu en parles tout le temps.... 



Shaya 07/11/2011 18:07



Parce que ça n'apporterait rien.