Avalez votre petite pilule et allez bosser!
Un commentaire de Carole laissé sur mon article qui parle du Médiator (je remercie Doudette pour la jolie pub qu'elle lui a fait), qui s'est trouvé par hasard être suivi d'une lecture sur le même sujet m'a donné l'idée et l'envie d'écrire cet article.
Une réflexion qui trotte depuis un moment dans la tete.
Je n'ai jamais évoqué ici clairement ce qui s'est passé l'année dernière quand le lendemain de mon anniversaire ma mère s'est crashée mentalement ...
Jolie expression pour cacher les crises de larmes, les crises d'angoisse, les heures passées les yeux dans le vague.
La dépression.
Le mot qui fait peur!
La raison de tout cela?
Son travail essentiellement.
(Ah oui ce n'est que mon avis mais je pense être bien placée pour savoir ce qu'il s'est passé à ce moment là!)
Une mutation forcée, un poste sous qualifié par rapport à ses anciennes reponsabilités. De fortes tensions et beaucoup d'angoisse au sein de sa société...
Et un matin le cerveau qui refuse.
Suite à ça elle a été arrêtée 3 mois et n'a repris le travail qu'après des négociations serrées avec son entreprise pour lui trouver un autre poste.
Un où elle se sentirait bien.
Elle a eu de la chance.
Celle que son généraliste refuse obstinément qu'elle reprenne le travail sans que ces conditions de travail aient changé.
Sans que la cause principale de son crash mental n'ait disparu.
Oui elle a eu de la chance ...
Parce que vous voulez savoir ce que lui a dit son médecin du travail la première fois où elle est allée le voir pour parler avec lui de ce qui n'allait pas et de ce qu'il fallait changer?
"Vous n'avez qu'à prendre des antidépresseurs comme tout le monde et aller travailler comme ça!"
............
Wouhhhhhhh ce que c'est intelligent comme remarque!
Allez allez avalez vos petites pilules qui rendent stones et font voir la vie en rose et fermez votre gueule...
Je (oui ça n'engage que moi) ne crois pas que ça se règle comme ça.
Je ne nie pas l'intéret que les médicaments psychotropes peuvent avoir pour soulager et aider quand une situation le nécessite mais les béquilles chimiques ne règlent pas les problèmes.
On peut retrouver temporairement le sommeil en avalant un hypnotique mais ça ne règlera pas la cause de l'insomnie!
Et si on arrête les hypnotiques il est probable que les insomnies reviennent.
(Je vais laisser de côté la dépendance, ya Willy qui a écrit un livre très bien là dessus)
On ne se met pas à faire des insomnies comme ça d'un coup sans raison.
Ca demande souvent des efforts (et d'être aidé parfois) et ça n'est pas forcément agréable d'en chercher la cause mais c'est la seule façon de faire cesser ça durablement je crois : éliminer la cause. Ou faire en sorte qu'elle devienne supportable.
Pareil pour l'anxiété ou n'importe quoi d'autre!
Pourtant c'est en général la première réponse qui est apportée ...
Et souvent la seule.
Pourquoi? Parce que les généralistes se retrouvent démunis je crois face à ça.
Et que les gens se refusent souvent à l'idée d'aller voir un psychiatre
Mais aussi parce qu'il est plus facile et rapide d'avaler un petit cachet que de consacrer du temps à réfléchir ou à vouloir changer sa vie où ce que l'on est.
Quand j'étais à la fac, une copine a fait de l'anorexie.
Elle en a parlé à son médecin généraliste qui lui a prescrit un truc ... et bien sur ça n'a rien réglé. Ca s'est empiré au fur et à mesure des mois et lui pendant ce temps là il augmentait les doses jusqu'au point où il n'a plus pu et là il lui a dit qu'il fallait qu'elle aille voir un psy.
Un an et demi ça a pris quand même
Quand elle me l'a annoncé, sa réaction ca a été d'ajouter en larmes "mais je ne suis pas folle".
Non ma douce tu n'étais pas folle, les psys ne s'occupent pas (que) des fous.
6 mois après elle arrêtait les antidépresseurs et ne se faisait plus vomir après chaque repas.
Concernant ma mère, son généraliste n'a jamais voulu qu'elle reprenne le travail tant qu'il n'a pas eu l'assurance que les choses seraient mieux pour elle.
Mais il ne lui a jamais parlé d'aller voir un psy et il lui a prescrit des antidépresseurs ...
Qu'elle n'a jamais voulu prendre et que j'ai planqué dans ma chambre pour être sûre qu'elle ne tente jamais de se suicider en les avalant tous d'un coup!
Un an après ... elle va plutôt bien. Sans avoir pris le moindre anti-dépresseurs.
Toujours un peu bancale par moment.
Je pense qu'elle ne redeviendra vraiment totalement solide que le jour où elle acceptera de faire une psychothérapie (mais on en est loin!).
Mais elle est retournée travailler sans avaler d'anxiolytiques ni aucun cachet magique.
Ca n'aurait rien résolu si elle les avait pris. Ca aurait juste masqué les symptomes.
Alors oui les psychotropes servent mais j'aimerais bien qu'ils soient moins facilement prescrits, notamment par des généralistes qui ne savent pas forcément bien les prescrire (et je ne leur jette pas la pierre! Ils doivent tout faire, tout savoir, de plus en plus!) et surtout pas tout seul comme ça mais en complément d'un vrai travail psy.
Un peu comme si on vous prescrivait des anti-douleurs pour une fracture de la jambe mais qu'on ne réduisait ni ne platrait la fracture!
Epicétout!