Une dernière photo
Ceci est ma participation au 6e jeu d'écriture, n'hésitez pas à participer si l'envie vous en dit ou à aller lire les participations des autres.
Ils n'avaient jamais été d'accord sur rien.
Ni sur la façon de faire les choses, ni sur le nom des couleurs, ni sur ce qu'il fallait penser.
Et leur désaccord permanent virait systématiquement à l'affrontement.
Des combats durs où les mots ne cherchaient qu'à blesser l'autre. A vaincre dans la douleur.
Mais il y avait entre eux ce truc qui fait qu'ils dépassaient toujours leurs divergences, les larmes et les blessures.
Qu'ils se réconciliaient aussi fort qu'ils s'étaient disputés.
Après tout ... elle avait grandi en écoutant sa mère lui dire que les disputes étaient le ciment du couple.
Et elle voulait y croire, autant que lui y croyait.
Que chaque coup qu'ils se portaient les renforçaient au lieu d'agrandir la fracture entre eux.
Un jour, en attendant le métro, ils s'étaient amusés à faire des photos au photomaton.
Le seul de toute la ville qui permettait d'avoir 4 photos différentes et non 4 fois la même photo.
Sur le chemin du retour, ils s'étaient disputés. Encore.
Pour une futilité, parce qu'en voyant une affiche de film elle avait dit qu'elle adorait l'acteur principal et que lui il avait répliqué qu'elle disait vraiment n'importe quoi, que c'était le pire acteur de sa génération.
Elle s'était abimée dans la contemplation des 4 photos qu'ils venaient de prendre pour retenir les larmes et la colère qu'elle ne tenait pas à afficher devant toute la rame de métro.
Et elle s'était demandée si c'était vraiment ça qu'elle voulait? Pour aujourd'hui et pour après.
Sur ces 4 photos s'étalaient tout leur couple...
Ou plutôt leur non-couple : 2 personnes côte à côte qui ne regardaient jamais dans la même direction ou pas en même temps ...
Alors le lendemain, à un moment où il était absent, elle avait réuni toutes ses affaires et elle était partie.
Elle n'avait laissé que ces 4 petites photos du photomaton sur lesquelles elle avait inscrit "tu comprends?".
Il n'avait pas compris.
Pas de cris, pas de pleurs, seulement son absence et son silence.
Qui l'avait fait sombrer doucement.
Il était retourné à ce photomaton, prendre 4 portraits de lui.
On les avait retrouvé sur son corps après qu'il se soit jeté sous le métro.
Sur l'enveloppe qui les contenait il y avait juste marqué "pourquoi Alice?"