Le droit à l'erreur. Le droit à l'oubli.
Il m'arrive (malheureusement) souvent de recevoir des mails - de ma famille - véhiculant des propos racistes.
Des propos franchement racistes. Souvent passés sous forme d'humour, ou plutot sous tentatives - vaines - d'humour... peu importe. Le fond dégoûtant est toujours là.
Si je cherchais des excuses à ma famille je dirais qu'ils font suivre des mails sans savoir le contenu qu'ils ont ou sans en avoir conscience.
Mais je connais ma famille.
Et je ne leur cherche pas d'excuse.
J'ai assisté à assez de repas, entendu assez de remarques stupides et méprisantes ou leur propre bêtise crasse leur donne l'impression de dominer d'autres gens qui n'ont pas la même couleur de peau ou la même culture.
Techniquement ces mails sont de l'ordre de la correspondance privée.
Néanmoins je m'interroge.
Quand on envoie un mail à tout son carnet d'adresse, à savoir au moins 200 personnes, peut-on vraiment parler de correspondance privée encore?
Des fois, quand je suis très énervée par lesdits mails, je me retiens de répondre que ça pourrait se finir devant la justice tout ça.
Parce que je n'en sais rien de la faisabilité d'une telle chose, et qu'il n'y a aucun risque que je sois celle qui mène la chose.
Mais quand même. Comme un coup de semonce.
On n'est pas franchement dans le domaine de l'intime là.
Où est la frontière en fait? A partir de quand passe-t-on du privé au presque public? De combien de personnes, de combien d'interlocuteurs?
En même temps je suis la première à faire des blagues qui peuvent paraître limite voire de mauvais goût pour certaines personnes qui n'auraient pas le même humour que moi ou la même façon de penser.
Et même pour des gens qui me connaissent, sorties d'un contexte festif ou amical, à froid en gros, peut-être que certaines de mes blagues pourraient les choquer.
Dois-je pour autant m'arrêter de les faire?
Je choisis toujours avec qui je les fais.
Mais rien n'empêche qu'elles soient répétées.
Maintenant tout peut être filmé, photographié, enregistré et ... diffusé. Publiquement.
Et je n'arrive pas à savoir si c'est une bonne ou une mauvaise chose.
Doit-on se méfier de tout le monde et surveiller tout ce qu'on dit dans la crainte que nos propos ne soient mal interprétés ou carrément déformés. Ou juste maladroits au départ.
Et si on ne dégoupille pas plus vite parce qu'un sujet est "sensible" .
Si bien qu'on fait bouillir tout le cochon sans différencier ce qui est bon et ce qui ne l'est pas.
Et puis quel est le délai de prescription?
Combien de temps peut-on tenir rigueur à quelqu'un de ce qu'il a dit?
Quelqu'un qui a tenu des propos racistes un jour l'est-il toute sa vie?
Une vidéo n'a pas de date de péremption.
Un fichier numérique n'en a pas.
Et je pense qu'il va falloir commencer sérieusement à s'interroger sur tout ça.
(Dans le même temps, concernant le racisme, j'ai vraiment l'impression d'une libération de la parole. Que les gens se sentent autorisés à proférer les propos les plus haineux sans se sentir inquiétés.
Ca m'inquiète, beaucoup.)