6e sens
C'est toujours particulier l'atmosphère d'un hopital ...
Encore plus de certains services hospitaliers comme les urgences, la réanimation ou l'oncologie ...
En ce qui concerne l'oncologie, quand vous vous mettez à fréquenter ce service, vous apprenez vite à lire ce que les corps vous indiquent...
Ce teint jaune qui trahit les traitements qui abiment,
Ce sein qui manque sous ses vêtements habillement choisis pour que ça ne se voit pas et que personne ne le devine,
Ces épaules voutées après un rendez-vous avec le médecin porteur de mauvaises nouvelles,
Ce regard creusé par les questions, les angoisses, la peur et cette impression de voir la mort en face chaque jour un peu plus,
L'expression des proches lorsqu'ils sortent des chambres et arrêtent de faire semblant ...
Vous apprenez vite à entendre une mauvaise nouvelle sans qu'on vous la dise.
Vous apprenez à affronter ses regards hantés.
Vous vous blindez. Vous en avez l'impression ...
Des fois vous vous demandez si vous n'avez pas perdu un peu de votre humanité, si vous n'en perdez pas un peu plus à chaque fois que vous avancez comme si tout ça était normal, si vous êtes encore capable de reconnaitre la souffrance chez les autres et de souffrir avec eux.
Et puis vous comprenez que votre sourire, votre bonne humeur, votre entrain, sont les meilleures choses que vous puissiez leur offrir. Bien plus que de la compassion ou de la pitié.
Vous devenez capable d'offrir une oreille attentive mais sans vous laissez envahir.
Parce que de la même façon que dire "toutes mes condoléances" à quelqu'un n'a jamais atténué sa souffrance d'avoir perdu un être cher, la compassion n'aide pas à combattre la maladie.
Mais il est des regards croisés dans ces couloirs et dans ces chambres qui vous hanteront jusqu'à la fin de votre vie probablement ... rien n'atténue le regard creusé d'un enfant.
Pas même son propre sourire.