Au final, la mort gagne toujours
C'est une journée qui commence plutôt bien.
Plutôt très bien même par rapport aux derniers jours.
Tu es fatiguée, mais tu as réussi à décoller de ton lit sans problème contrairement aux jours précédents où seul le treuil t'a sauvé.
Tu arrives au boulot, toute guillerette.
Tellement que tu ne fais pas gaffe au regard en coin qu'une collègue te lance.
Non toi tu n'y fais pas attention, la journée s'annonce belle.
Pas de chieurs en vue, que des gens que tu as plaisir à voir et avec qui discuter.
Tu te rends compte que tu as oublié ton portable. Tu en ricanes même. Première fois que tu oublies Boulet chez toi en presque un an, tu te dis que ce n'est pas grave, tu t'en passeras.
Et puis tu vois le dossier sur ton bureau.
Le nom inscrit dessus.
A ce moment là le soleil s'éteint.
Dans ta tête tout du moins.
La belle journée s'est envolée sans même que tu ais lu la première page du dossier.
Tu sais ce qu'il contient.
Tu sais ce qu'il signifie posé là.
Tu n'as même pas besoin de l'ouvrir.
Il est mort.
Tu ne peux pas dire que c'est une surprise et que tu ne t'y attendais pas depuis des jours.
Pourtant tu te manges un mur en béton dans la figure.
La Mort tu sais qu'elle a déjà commencé à poser sa marque sur les gens dont tu t'occupes, tu la cotoyes tous les jours, tu as l'habitude de dire adieu.
Mais il y a des gens qui sortent un peu du lot.
Rester professionnelle, ne pas s'attacher ...
Tu es humaine, tu travailles avec des humains.
Combien tu en vois parcourir ces couloirs, transformés en robots mécaniques pour ne pas souffrir?
Des larmes te piquent les yeux, tu les ravales.
Et tu repousses ce dossier dans un coin.
Pour plus tard.
Les vivants t'appellent. Les pleurs sur les morts attendront.
Mais je sais que samedi matin, même si je ne travaillerai pas, je me lèverai tôt quand même.
Et à l'heure dite, dans une petite église, habillée tout en noir, je serai là.