Fin de partie

Publié le par Shaya

85 ans c'est un bel âge.

Ca fait une vie bien remplie.

De joies, de peines, de rires, de sourires, de larmes.

De souvenirs en tout genre.

 

Globalement une vie très heureuse.

Un travail stimulant intellectuellement et qui permet une vie très confortable, une femme aimée, une fille adorée, une petite fille lumière de ses jours et même deux arrières petits enfants sources de vie.

Des voyages nombreux et lointains, des amis intelligents et cultivés, des sorties culturelles fréquentes.

 

Et puis la retraite.

 

Encore plus de voyages, plus de sorties, plus de temps à profiter de la famille.

25 ans à profiter après avoir travailler.

Cette conscience que beaucoup n'ont pas eu la même chance, pas eu autant le temps d'en profiter.

En même temps l'envie que ça continue le plus possible, que ça ne cesse jamais, qu'il y a encore tellement de choses à faire et à voir.

 

Le temps justement qui finit par rattraper.

La vue qui baisse, l'ouïe qui se dégrade subtilement, les articulations qui font mal, le souffle qui se fait plus court, la marche qui devient plus difficile ...

L'envie de sortir qui se réduit.

Et l'entrée lente et pernicieuse dans ce qu'on appelle le "cercle vicieux du déconditionnement" : moins on fait, moins on a envie d'en faire.

Et on ne s'en rend pas compte ...

 

... jusqu'à cette chute il y a un an.

Pas de réels bobos mais depuis un dégringolage sensible et continu de l'état de santé.

Une chute inexorable qui suit la chute physique.

 

De moins en moins envie de se lever,

de moins en moins envie de marcher,

de moins en moins envie d'assumer le quotidien,

de moins en moins envie de lire,

de moins en moins envie de cuisiner,

jusqu'à arriver à avoir de moins en moins envie de manger tout simplement.

 

La dénutrition, fléau des personnes âgées.

Cercle vicieux encore et toujours : dénutrition -> fatigue -> moins envie/flemme de manger -> dénutrition etc...

 

Au bout de tout ça.... le renoncement.

Le renoncement à vivre.

Même malgré les encouragements, les supplications, les attentions des proches.

 

Ce n'est pas le physique qui lâche.

C'est le mental.

 

85 ans c'est un bel âge pour mourir.

C'est encore un bel âge pour vivre aussi.

 

Je crois que je ne me ferais jamais à regarder quelqu'un se laisser mourir.

Publié dans Monde de merde

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des pas perdus 24/05/2011 08:36


Ça me fait penser à ma grand mère maternelle que j'allais voir tous les jours pour l'empêcher de se laisser mourir... Somme toute, je me demande si je n'étais pas égoïste.


Shaya 24/05/2011 15:22



Là il ne s'agit pas de quelqu'un de ma famille mais je comprends.


C'est toujours égoiste de vouloir retenir quelqu'un qui a envie de partir ... en même temps c'est tellement humain.