Samedi 21 novembre 2009
J'ai toujours été la fille qui percevait la détresse chez les autres...
Pas par miracle, même si on m'a toujours dit que j'avais un formidable instinct, mais bien parce que j'étais celle qui relevait les
"on fait aller" au lieu des traditionnels "ca va bien" en réponse à la non moins traditionnelle question "ca va?"...
Surtout parce que j'étais celle qui percevait les plus infimes variations de comportement... Ce sourire qui apparait moins fréquemment, ce rire qu'on entend plus
etc...
Il faut bien que je reconnaisse qu'en général c'est mon inconscient qui faisait le boulot, assemblant les éléments jusqu'à venir taper à la porte du conscient pour
lui présenter le résultat sur un plateau d'argent! Ce qui m'amenait à dire que mon cerveau travaillait tout seul en dessous, sans que je m'en rende compte...
J'étais celle qui un jour dans le car à 13 ans a regardé soudain sa copine en lui demandant : "qu'est-ce qui ne va pas?" avec cette sincérité qui fait que les autres
se confient parce qu'on ne se confie pas aux gens qui ne veulent pas vraiment nous entendre répondre...
Celle qui l'a entendu me répondre qu'elle voulait se suicider, qu'elle n'en pouvait plus...
Celle a qui pour la première fois elle a montré ses scarifications qu'elle se faisait au cutter depuis des semaines sur les poignets et les chevilles en lui disant
que faire couler le sang ça la soulageait ...
Celle qui est restée impassible quand en seconde une autre de ses copines lui a raconté comment elle avait été violée par son oncle de ses trois ans jusqu'à ses
treize ans, et que depuis elle faisait des cauchemars tous les soirs, qu'elle se sentait sale, qu'elle faisait de la boulimie-anorexie etc...
Celle qui en médecine a compris que sa copine était boulimique et l'a encouragé à se faire soigner, quitte à l'accompagner à ses rendez-vous chez le psy parce que se
sentir propre après avoir vomi ce n'était plus possible...
Et j'étais fière de ça!
Fière de percevoir ceux qui n'allaient pas bien, fière de les aider du mieux que je pouvais, fière d'être attentive aux autres et de ne pas penser qu'à ma petite
personne!
Aujourd'hui encore quand je suis en contact avec certains d'entre eux/elles et je suis fière de les voir aller bien!
Je me dis que quelque part j'y suis pour quelque chose! Que parfois c'est moi qui ais amorcé la machine qui fait qu'aujourd'hui il vont bien et qu'ils n'ont pas
commis l'irréparable...
Ca a laissé des traces aussi sur moi...
J'ai appris le secret parce qu'il y a des choses qui ne peuvent être répétées à n'importe qui...
J'ai appris à me contrôler (oui ca peut vous faire rire si vous voulez, si vous ne me voyez que comme une boule d'énergie qui explose au moindre effleurement) face
aux pires révélations... D'ailleurs l'autre jour un ami, qui pourtant s'y connait vraiment bien, me disait être incapable de décrypter mon langage corporel parce que je maitrise ce que je laisse
transparaitre (le message général serait toujours le même à savoir : je vais bien, tout va bien).
J'ai surtout décidé qu'aider les autres j'adorais ça et que je voulais faire ça... J'aurais largement pu faire tout autre chose, j'aurais pu me lancer dans
l'économie j'avais à priori les capacités pour, j'aurais pu faire LEA (langues étrangères appliquées) j'étais douée dans les matières littéraires, j'aurais pu devenir spécialiste du C++, j'aurais
pu être prof de maths (comme ça a longtemps été mon ambition) ou généticienne (j'adooore la génétique!)... J'aurais pu essayer en tout cas!
Mais non... moi ce qui m'intéresse ce sont les autres! C'est l'humain qui m'attire, sa complexité, ses
sentiments, sa douleur, l'aide qu'on peut lui apporter... (Et pourtant je n'ai pas fait psycho!
)
Tant pis si je ne finis jamais riche, tant pis si je ne suis jamais reconnue, tant pis du moment qu'à la fin de ma vie je puisse me
dire que j'ai aidé, que j'ai allégé la peine de quelques uns!
Pour percevoir la souffrance, pour aider les autres, il faut savoir écouter...
Proposer une oreille disponible, faire comprendre qu'on est là...
Ne pas brusquer, ne pas juger...
Mais je m'interroge...
Suis-je toujours cette fille?
Suis-je toujours capable de percevoir la souffrance sans qu'on ne me dise rien?
Suis-je toujours capable d'écouter?
Suis-je toujours capable de faire passer les autres avant moi?
Peut-etre suis-je devenue égocentrique, égocentrée, égoïste!!!
Le verrais-je si ça arrivait?
Est-ce que ce blog ne me transforme pas en fille qui ne pense qu'à elle, qui ne parle que d'elle?
Un blog c'est forcément un exercice qui flatte l'égo, qui donne l'impression d'être important, d'être quelqu'un!
JE parle, on m'écoute...
Oui c'était bien l'idée, d'avoir enfin un espace où je pourrais m'exprimer librement et sans être interrompue ni me sentir bridée...
Mais je détesterais me rendre compte qu'il m'a rendu aveugle aux autres...

Ce qu'ils en pensent