Reconstruire? Oui mais pas n'importe comment.

Publié le par Shaya

J'ai reçu des coups de fil curieux ces derniers temps.

Enfin curieux ... après réflexion pas tant que ça.

Mais à moi sur le moment ils m'ont paru curieux.

 

C'est mon père qui a ouvert le bal. Un jour qu'il m'appelait, il avait ce truc dans la voix qui me dit qu'il a une question à poser mais qu'il va tourner autour du pot pendant un petit moment avant.

Effectivement il a tourné autour un moment avant de me sortir "au fait, ta belle-mère et moi on se demandait (i.e ta belle-mère y a pensé et moi je pose la question), ta mère ... elle n'a pas de prothèses PIP???"

Il m'a fallu tout mon self control pour ne pas éclater de rire tellement la question m'a paru saugrenu.

Alors qu'en fait elle ne l'est pas du tout.

 

Ma mère aurait pu faire parti de ses femmes qui regardent leur poitrine actuellement avec angoisse.

A tort ou à raison peu importe.

 

Quand ma mère a eu fini tous ses traitements pour son cancer du sein qui se sont conclus par une mammectomie complète, elle a déclaré qu'elle ne ferait jamais de reconstruction.

Parfois c'est possible de faire deux opérations en une : la mammectomie (on t'enlève la glande mammaire / le sein quoi) et la reconstruction.

Pas pour ma mère à cause des traitements qu'elle avait eu avant.

Et quand on est passé 6 fois sur le billard en 3 ans on n'a pas forcément envie de remettre ça encore une. Même en ne s'arrêtant pas aux risques d'une anesthésie générale.

 

Donc ma mère avait dit "never" et je lui avais répondu "on verra mais il n'y a pas d'urgence".

Et au fil des mois l'idée avait fait son chemin dans sa tête. Tout doucement, très tranquillement et tant mieux. Quand on est soigné pour un cancer, d'un coup tout s'enchaîne sans qu'on ait le temps ni de respirer ni de réfléchir. On vous dit "on fait ci et après on fait ça et ensuite on fait machin" et en face les gens souvent n'arrivent qu'à faire "oui oui", trop occupés à décrypter le début de la phrase pour vraiment y réfléchir.

 

L'idée a fini par s'imposer à elle pour plein de raisons mais l'une d'elle était qu'elle était persuadée que malgré mes supers techniques (les maillots de bain coqué au niveau des seins c'est le bien quand il t'en manque un) (ya 10 ans y avait pas grand chose pour t'aider, maintenant ya des supers trucs) tout le monde voyait quand elle allait à l'aquagym qu'il lui manquait un sein.

 

[Aparté : alors que je suis sure que PERSONNE ne le remarquait. Parce que les gens ne regardent pas vraiment les autres et ne font pas attention aux détails à part quelques rares personnes. Donc en général il en faut beaucoup pour que les gens remarquent sans qu'on leur montre. D'autant plus que notre cerveau reconstruit un peu les choses, dans l'imaginaire collectif une femme ça a 2 seins donc quand on en croise une on ne vérifie pas qu'ils sont bien en place, on part du principe qu'ils le sont.

Mais pour ma mère c'était devenu presque une obsession, un peu comme quand on a un poil disgracieux qui pousse sur la joue et qu'on ne voit plus que ça alors que personne d'autre ne le voit.]

 

Une fois que ma mère a eu pris la décision de finalement faire la reconstruction, il y a eu le temps (long aussi) de la réflexion sur la technique de reconstruction à choisir.

Il y a 10 ans il y avait le choix entre 2 grandes techniques, aujourd'hui il y a encore plus le choix.

Donc à l'époque c'était pose de prothèses ou lambeau du grand dorsal (= pour faire simple on te prend un muscle du dos et on te fait le volume d'un sein avec).

Ma mère a longtemps hésité entre les deux. Tout le monde lui conseillait la pose de prothèses parce que soi-disant moins douloureux, parce que meilleur résultat immédiat.

Et moi j'y étais fermement opposée. Un peu par conviction intime du genre "un truc qui vient de toi sera toujours mieux qu'un truc fabriqué" et je lui avais dit que si elle décidait de choisir pour les prothèses ça serait celles remplies au sérum physiologique (eau + sel) ou rien.

Au final c'est mon avis qui l'a emporté. L'argument qui tue a quand même été que les prothèses même quand ça va bien il faut les changer régulièrement, tous les 10-15 ans, donc re-anesthésie etc...

 

Aujourd'hui forcément on s'en réjouit.

Pas de compte-rendu d'opération à aller éplucher pour savoir s'il s'agit des prothèses maudites ou pas, pas de parcours du combattant pour essayer de joindre le chirurgien ou au moins la clinique.

 

On s'en réjouit tellement qu'on n'y avait meme pas pensé jusqu'à ce qu'on m'approche furtivement pour poser la question.

(Bizarrement personne n'a osé demander directement à ma mère)

Et qu'on n'y avait tellement pas pensé que ça m'a paru super saugrenu sur le coup. Preuve de l'immense détente mentale par rapport à cette histoire.

 

Tout ça pour dire ... je ne sais pas trop en fait mais assurément non pas que je jette la pierre aux femmes qui ont choisi l'option prothèse (ou à celles qui les ont posé pour des raisons uniquement esthétiques) mais que si ma mère n'avait pas eu ce délai (long, presque un an) de réflexion elle aurait sans doute eu des prothèses PIP.

Et qu'il est des décisions qui doivent avoir le temps d'être pensées, étudiées, investies.

 

Ca n'est pas pour ça qu'on évite les écueils. Mais des fois si.

Publié dans Simple Life

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