Puisque tu pars...

Publié le par Shaya

Je sais que ce que qui va suivre sera incompris, douloureux ou mal vécu par pas mal de gens...

Tant pis...

Je vais me permettre de dire que j'ai un regard sur ce sujet un peu plus abouti que la moyenne!

 

L'autre soir un tweet - terrible - défile dans ma TL.

Quelqu'un (certains sauront de qui il s'agit et les autres non, je tiens à le préserver) qui vient d'apprendre que son père souffre d'un cancer du poumon et qu'il refuse tout traitement.

 

Dire que ça ne m'a pas bouleversée serait mentir.

 

Mais d'après les réactions lues c'est surtout le fait qu'il refuse de se traiter qui choquait la majorité.

Moi je le comprends ce monsieur ...

Il sait ce que c'est une chimio suivie d'une radiothérapie si j'ai bien compris, il a déjà eu un cancer des voies aériennes supérieures.

 

Je perçois la difficulté qu'il y a à accepter une telle décision pour la famille, la douleur qu'on peut ressentir, la colère aussi, l'impression d'être abandonné, la peur de perdre un être cher surtout dans le fond.

Mais c'est SA décision! A lui! Son corps!

 

Je ne connais ni le détail du dossier, des examens, ou du reste mais j'ai appris que parfois il fallait mieux accepter cette décision aussi difficile soit-elle que de tenter une lutte vaine.

 

Parfois il est trop tard tout simplement.

Trop tard pour soigner, trop tard pour espérer.

Alors il faut accepter et laisser partir l'autre dans le moins de souffrance possible.

 

Quand ma grand mère est rentrée brutalement à l'hopital pour ce qui ressemblait à un AVC au premier abord, il a fallu que je course les médecins pour obtenir des réponses à mes questions et elles étaient nombreuses. Probablement qu'au départ le médecin m'a trouvé trop jeune pour me répondre franchement mais il a semble-t-il changé d'avis aux vues de mes questions et j'ai fini par obtenir mes réponses, toutes mes réponses.

Pas d'AVC mais un cancer du colon métastasé poumons et cerveau ...

Un pronostic de mort à courte échéance assuré.

3 mois qu'il m'a dit.

 

Lorsque ma mère a eu son cancer du sein, son oncologue a eu cette phrase qui m'est restée en mémoire et que je trouve toujours géniale, il lui a dit "il y a 30% des gens qui survivent à un cancer du sein mais ça ne dit pas de quel côté, vous, vous serez!".

(Statistiques de l'époque ca a un peu changé depuis)

Néanmoins juste pour vous donner une idée, le taux de survie à 5 ans des personnes qui ont un cancer du colon à un stade avancé (et des métastases poumon-cerveau c'est plus qu'un stade avancé) était de 0% il y a 5 ans.

Pas 0,5%, non 0% tout court.

Pas sure que ça ait tellement progressé depuis (pas trouvé de stats actualisées!).

 

La seule issue a tout ça c'était donc la mort.

Aucun espoir de guérison possible.

 

Pourtant les médecins ont choisi de lancer un traitement.

 

Je suis partie sans imaginer que ça soit possible!

Le tableau était clair : c'était perdu d'avance!

Et ma grand mère avait toujours affirmé depuis des années que jamais elle n'accepterait de faire une chimio, elle avait trop vu ma mère souffrir pendant les siennes.

Mais elle a fini par accepter...

 

J'en ai voulu terriblement aux médecins, et je leur en veux encore, pour cette décision.

Qu'allait-on réellement pouvoir espérer comme bénéfice de ce traitement? 3 mois de vie en plus des 3 mois restants?

Est-ce que 6 mois de vie fait de cure de chimio toutes les 3 semaines, de vomissements, de perte de cheveux, d'altérations physiques diverses et variées valent mieux que 3 mois d'une fin de vie entourée et apaisée par des soins palliatifs afin d'éviter la douleur?

A quoi ça peut bien servir de repousser l'inéluctable?

Non ce traitement ne servait à rien, au final ma grand mère n'aura supporter qu'une cure de chimio, la 2e ayant été annulée parce qu'elle faisait une crise d'angoisse à l'idée de la subir.

Cette unique cure lui aura quand même fait perdre ses cheveux, dont ma grand mère était très fière et ça l'a énormément perturbée.

Et dans le fond je pense que les médecins n'ont pris cette décision que parce qu'ils étaient incapables d'affronter leur propre inutilité dans ce cas.

 

Au final ma grand mère est décédée deux mois après l'annonce du diagnostic.


Tout ça pour dire que j'espère que ce monsieur peut encore être sauvé, mais je ne sais que trop que parfois il faut accepter...

Accepter qu'on ne puisse plus rien faire.

Accepter que la personne n'ait plus ni le courage ni la volonté de se battre.

C'est dur, tellement dur... mais même si la famille en mange plein la gueule, ca n'est rien à côté de ce que les patients vivent. C'est eux qui souffriront, eux qui devront lutter, eux qui doivent décider.

 

 

Oulalala ah ben c'est joyeux pour attaquer la semaine!

En plus il fait beau et chaud, vous avez envie de vous détendre du neurone!

Oui je sais c'est comme ça!

Ne me remerciez pas!

Publié dans Monde de merde

Commenter cet article

Ghazouh 06/07/2010 21:46



c'est comme la visite annuelle chez le dentiste. On n'a pas trop le choix



Shaya 06/07/2010 21:47



Oh mais il y a des gens qui gèrent très bien le déni! :p



Ghazouh 06/07/2010 21:24



C'est pas comme si c'était la seule chose dont on soit sur dans l'existence



Shaya 06/07/2010 21:33



Ah ben oui mais bon tout le monde n'a pas envie d'y penser!



Ghazouh 06/07/2010 00:06



l'oncologue est une espèce bizarre et parfois totalement déconnecté. Le principal reproche qu'on fait aux oncologues, c'est de traiter la maladie, pas de soigner le malade.


Maintenant, je crois que nos sociétés sont terrorisées par la mort. On l'a refuse, on s'acharne.


Ce qui est dommage, c'est qu'il arrive (souvent ?) que ce soit les familles qui poussent car elles n'acceptent pas l'idée d'accompagner un proche vers la fin.



Shaya 06/07/2010 13:12



C'est sur que les gens qui abordent sereinement l'idée de la mort (la leur ou celle d'un proche) sont ... plus que rares?


On ne veut pas voir les gens mourir.



Océane 05/07/2010 10:26



Difficile de se prononcer.... C'est son choix avant tout.



Shaya 05/07/2010 13:20



Difficile dans ces moments là de réfléchir posément aussi.



Angélita 05/07/2010 09:27



Ton post me touche beaucoup.


J'ai appris que l'ancienne nounou de ma fille qui a eu une tumeur au cerveau il y a 5 ans, a une tache sur son IRM. Elle doit voir son spécialiste mardi. je croise les doigts


Elle est beaucoup plus jeune que moi et elle a deux filles dont l'une qui est la meilleure amie de ma fille



Shaya 05/07/2010 13:19



arf... espérons que tout ceci ne sera rien.