L'hôpital ne se moque pas de la charité

Publié le par Shaya

Quand je rentre dans cette chambre bien illuminée par ce (trop) chaud soleil de mai, ce qui me frappe c'est cette petite silhouette voutée sur son fauteuil roulant.

Elle a l'air tellement fragile.

On dirait presque qu'on va pouvoir voir à travers elle avec ce soleil.

Elle n'a pas l'air consciente de ma présence, petite chose repliée sur elle, le nez dans ses mots croisés, elle n'a même pas tourné la tête.

 

Dans le 2e lit de la chambre, son mari est allongé et il dort.

C'est pour lui que je suis là.

Lui il est malade.

 

Elle, non.

Agée oui.

Elle ne marche plus bien, elle ne voit plus bien, elle ne s'occupe plus de rien.

En vérité elle est dépendante, elle ne peut plus vivre seule car elle ne peut plus assumer les gestes de la vie quotidienne.

C'est son mari qui les faisait.

 

C'est pour ça que quand les urgentistes ont découvert dans leur appartement le monsieur allongé sur le sol du salon, qu'ils ont décidé de l'emmener aux Urgences, ils ont emmené la dame aussi.

Pas parce qu'elle était malade aussi, pas parce qu'elle avait une urgence vitale.

 

Parce que pas de famille proche pour la prendre en charge.

Parce que pas de structure à qui la confier en attendant.

Parce que pas question de la laisser seule là et de la mettre en détresse.

 

Alors on l'a hospitalisé, elle aussi.

"Sans raisons" ... médicales tout du moins.

 

Cette dame n'a rien à faire dans cette chambre, mais elle s'y sent bien.

Elle est avec son mari dont elle n'a jamais été séparée, elle voit qu'on s'occupe de lui. On s'occupe bien d'elle aussi, elle est entourée et rassurée.

Elle a déjà oublié les longues minutes d'angoisse en attendant les secours.

 

Où donc aurait-on pu la mettre sinon en attendant de trouver une solution plus logique et satisfaisante?

Combien sont-ils d'autres dans les chambres de cet  immense batiment à être là parce qu'il n'y a pas d'ailleurs meilleur pour s'occuper d'eux?

 

Hopital, dernier refuge contre la misère et la solitude.

A la fois rustine et roue de secours.

Publié dans Monde de merde

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Chouyo 29/05/2011 11:04



@Ghazouh : absolument d'accord ! Ce n'est sûrement pas le rôle de l'hôpital, et j'imagine que si des structures de prise en charge, accompagnement, maison des familles (je ne sais plus le nom)
etc. existaient encore ou plus souvent, la question de prendre cette dame dans le service ne se serait même pas posée...


Mais c'est pour ça que je trouve remarquable que cette équipe, ce jour-là, dans ce contexte-là ait fait ce choix-là. Parce que ce n'est sûrement pas à l'hôpital d'assurer cette prise en charge,
que l'équipe aurait du refuser pour plein de raisons mais que... parfois, parce que l'Etat se défausse, parce que les moyens ne sont pas là, parce qu'il en va peut-être aussi de l'intérêt du
patient, il faut un geste comme ça, ponctuel, circonscrit. Très humain de ce fait.



Shaya 29/05/2011 11:37



:)



Ghazouh 29/05/2011 10:46



@Chouyo


Ce n'est pas à l'hôpital d'accueillir toute la misère humaine.


Ce qui est malheureux dans cette situation, c'est que la "société" n'ai pas su prendre en charge cette personne "hors crise"


Cela étant dit, je sens que je me lance sur un sujet glissant



Shaya 29/05/2011 10:49



Pourquoi un sujet glissant?



Chouyo 29/05/2011 10:20



J'ai beaucoup aimé ce billet, je ne sais pas pourquoi. Je crois que tu y a mis quelque chose de l'humanité de cette situation... cette proximité devenue dépendance mutuelle au fil des ans, car
lui que ferait-il sans elle peut-être aussi..., et nous qui nous tournons vers l'hôpital pour un recours, un repos, une prise en charge au sens propre du terme...


C'est la confiance que tu décris là, très bien. Celle qui fait que l'on doit maintenir à tout prix notre système de santé, l'améliorer encore, le protéger. Pour pouvoir accueillir encore et
encore ceux qui en ont besoin à un moment, même sans raison médicale pathologique mais pour une raison réelle de toute manière...



Shaya 29/05/2011 10:48



Lui ça le rassure de savoir qu'elle était là et pas toute seule c'est certain. C'est important qu'il ne soit pas trop stressé mais ca n'aurait pas du être à l'hopital de le faire.


Le problème c'est qu'il n'y ait pas de structure spécialement mise en place pour ces cas là puisque les distances entre les membres d'une même famille augmente. Il n'y a pas de relai. Donc c'est
l'hopital qui tient ce role là.


 


(Mais sinon pour le systeme de sante je suis d'accord)



Ghazouh 28/05/2011 21:34



Vous l'avez codé comment en T2A ? :-)


Blague à part, de l'autre côté de la chaine, tu trouves des blaireaux qui viennent aux urgences
parce-que-vous-comprenez-ca-fait-une-semaine-que-j'ai-une-angine-et-je-ne-peux-pas-attendre-quatre-jours-pour-avoir-un-rendez-vous-chez-mon-MG (et en plus, à l'hôpital, c'est gratuit)



Shaya 28/05/2011 21:43



Je n'ai pas été voir comment ils l'avaient codé (mais elle était tombée il y a une semaine avec un énorme hématome sur le coude gauche, j'imagine que ça peut être une bonne excuse).


Et oui je sais pour les blaireaux... d'ailleurs je leur souhaite toujours de choper une belle saloperie pendant les longues heures d'attente.


(Je sais, je suis vilaine)